Ainsi va toute ch…

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« Ainsi va toute ch… »

Résidence Art In Situ 2007 – « Histoires, mémoires et Stratégies » – Lieu : la tour de Crest

– Sculpture composée de terre, de pierre et de bronze.
– Peinture de bitume sur plexiglas.

Ainsi va toute chère,
Chère âme, chère œuvre.

L’œuvre est à la fois création et sépulture, mémoire d’une âme, celle de l’artiste.

C’est une sublimation.

Sculpture :

Titre : « ainsi va toute chère »

Jeu de mots entre la naissance et la mort.

Mort de la chair, naissance de l’œuvre.

(« Les plus belles fleurs poussent sur un tas de fumier »)

Contraintes :

Cette sculpture répond à la fois au projet de travailler sur l’histoire (histoire des stratégies mais aussi des utopies) et la mémoire (Comment se conserve la mémoire, voir Empreinte), et avec les matériaux proposés par un fondeur local. Ces derniers sont des coulées de bronze échappées de la fonte, et dont les formes embryonnaires possèdent déjà la beauté propre au génie de la nature.

Description :

Le premier étage, fait de terre friable, fait allusion à l’histoire de la Tour de Babel : utopie éphémère, bâtie sur l’espérance fragile : la terre. Cet étage sera détruit après exposition. La terre, végétale, servira pour planter un jardin potager médiéval, dans l’aire de visite du donjon.

Le deuxième étage est une sculpture composée de pierre et de bronze.

Sous l’action de mon combat violent avec elle, la pierre a éclaté, s’est fissurée. Par ces fissures pousse une fleur de bronze : l’œuvre elle-même, empreinte qui contient la mémoire de la pierre et qui la rend éternelle.

Un poème sera lu par l’auteur, au vernissage, au pied de l’œuvre.

Commentaires :

Violence : C’est la tour-prison qui m’a engagé dans cette réaction violente contre la pierre. Il est des enfermements dont on ne peut sortir qu’avec violence.

Tour de Babel, utopie : J’ai posé cette installation au pied de la haute muraille de la Tour. De cette façon on obtient un contraste saisissant entre le rêve utopique de l’artiste et la réalité proprement écrasante du Donjon qui servit longtemps de prison. Ironie grinçante…

Empreinte : Dans cette œuvre, la relation entre l’objet moulé et le tirage en bronze, est inversée. D’habitude, on fait un moule de l’objet à copier, dans lequel on coule le bronze. Ici, c’est l’objet original, la Terre elle-même, qui joue le rôle du moule, et le bronze en sort, comme une fleur issue de la fertilité de notre imaginaire. Gisement de la création, pépite de l’exploration artistique.

Fleur de bronze : Ce que j’appelle « la fleur de bronze » : l’esprit qui s’en élève, la mémoire transfigurée de ce qui fut.

Echappée : La fleur s’échappe du corps vivant en le transfigurant. Il faut s’échapper de notre condition pour créer, pour faire naître autre chose. Tel le prisonnier qui s’échappe de la tour. Noter que pour grandir, la fleur se nourrit de ce qui l’a enfermée. Transcendance de mémoire.

Ainsi va toute chère : Le titre de l’œuvre, gravé sur le devant à l’aide d’outils rudimentaires, fait allusion aux graffitis trouvés dans les pièces de la tour, où des prisonniers, mais aussi des soldats, des maîtres ou des insurgés, ont voulu laisser la trace de leur passage et de leur histoire, depuis le XIV ème siècle jusqu’à nos jours.

Peinture :

Contraintes :

Cette peinture a été faite avant de savoir que mes œuvres seraient à l’extérieur. Pour un prisonnier, cela aurait fait étrange. J’ai donc soumis ma proposition aux artistes présents dans cette salle de montrer le prisonnier comme un vitrail, devant la fenêtre à barreaux. Cette mise en lumière de l’enfermement est exactement la même que l’image du Christ dans les églises.

Description :

Peinture de bitume sur plexiglas. Cette figure faite d’ombres est paradoxalement illuminée par la lumière de l’unique fenêtre barreaudée de la cellule.

L’homme, épuisé, tente de terminer son graffiti (son épitaphe, pour être précis). Il manque les dernières lettres du dernier mot. Cette épitaphe est en correspondance avec le titre de la sculpture. Mais on ne saura pas si le prisonnier a voulu écrire « chair » ou « chère ».

Ceci est donc un trou de mémoire. L’instant précis, que j’ai choisi pour peindre ce prisonnier, nous empêche de savoir ce qu’il pensait réellement.

Commentaires :

Peinture de bitume : Le bitume est un produit du pétrole, et connu depuis l’antiquité. Il servait à calfater les navires. C’était un peu la colle miracle de l’époque. Cette peinture est faite par tamponnage. Le bitume est instable. Il sèche, craquelle et noircit avec le temps.

Cette image va donc vieillir.

Épitaphe : Ce qu’on appelle graffiti, aujourd’hui, a un sens différent dans le contexte de l’emprisonnement. On peut penser que les prisonniers n’étaient pas certains de pouvoir en sortir vivant un jour. C’est pour cela que j’appelle ces écritures gravées des épitaphes.

Trou de mémoire : Lorsqu’on parle de la Mémoire, de la commémoration, il faut avoir à l’esprit que 99 % de ce qui s’est passé ont été oublié (un peu comme la fameuse masse manquante dans l’univers). Le travail de l’historien consiste à essayer de recoller les morceaux et imaginer les pièces manquantes.

L’instant précis : Ici, j’ai choisi l’instant précis où le prisonnier décide quel mot il est en train d’écrire. Cela exprime l’exacte situation de l’écrivain qui se donne à chaque seconde le choix de ses mots, qui hésite, qui doute.

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