L’inspiration

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L’inspiration, question bateau. L’inspiration est rarement ce que l’on croit. Pour trouver l’inspiration, je lance devant moi une gourmandise, comme une belle pomme appétissante. Mais l’inspiration, ce n’est pas la pomme elle-même. C’est la façon de l’attraper. Il m’arrive de lancer une gourmandise trop grosse pour moi, et je suis incapable de la croquer, comme une pomme énorme. J’en ai deux en ce moment, qui me narguent depuis des années. Je n’arrive pas à trouver l’angle d’attaque. Alors je procrastine en chevauchant des exercices romanesques relativement faciles à dresser. Quelques fois la pomme est tout simplement un titre. Très alléchant, un titre. Rond comme une pomme, lisse, sans aucune prise, et aussi inattaquable qu’un hérisson. Le titre donne le ton, mais ne délivre pas de contenu, comme une belle boîte vide. Méfiez-vous des titres. Ce que le lecteur découvre en premier est en fait ce que l’auteur trouve en dernier. In extremis. Il y a tromperie sur la marchandise, ou du moins sur la traçabilité du titre. L’origine n’est pas là où l’on croit.

Au final je n’ai pas défini l’inspiration. C’est un mot illusoire à sa façon. On est un homme inspiré ou pas. A la rigueur je me permettrai une galipette en disant que pour inspirer il faut d’abord apprendre à expirer, c’est-à-dire à lâcher prise. Expirer, extirper, lâcher les selles, péter un coup, se vider de tout ce qui obstrue la voie de l’imagination, comme les préjugés, les présupposés, les clichés, les habitudes, les routines intellectuelles, plus l’image de soi, l’orgueil, la sacro-sainte identité, et surtout les évidences. Je parle des évidences qui nous bouchent les yeux. Car l’Evidence, la vraie, la lumineuse, n’apparaît qu’après coup.

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